11. Champagne (normand) ! Le dictionnaire français-normand et normand-français est sorti, Editions Eurocibles.

Terminé par les deux équipes de rédacteurs depuis plus de deux ans, après modifications de présentation, ce Trésor de la Langue normande (T.L.N.) est enfin imprimé et mis en vente dans les librairies. Déjà la télévision régionale avait présenté les auteurs au travail en mai 2007. C’est en effet une œuvre de longue haleine puisqu’elle s’appuie au départ sur les enquêtes orales d’Hippolyte Gancel et les fiches de Marcel Dalarun…

Maurice Fichet présente la partie normand-français, 30 000 mots qui ne sont pas une compilation de dictionnaires !

et le rédacteur de ce blog qui a eu l’honneur d’écrire la présentation qui introduit les dictionnaires vous en propose un extrait ici : mais pourquoi donc s’atteler à un dictionnaire français-normand ? Ne serait-ce pas une mission impossible ?

Couverture

    Un Trésor ? Oui, une richesse de notre patrimoine qui s’effrite de jour en jour avec la disparition progressive de ses locuteurs… Mais rien ne sert de se lamenter. Un « Trésor », c’est aussi le sens « d’une collection », « une réunion de choses précieuses amassées pour être conservées, considérées comme une richesse pour les générations futures ». Il y eut un Trésor de la langue française, un Trésor de l’occitan. Voici un « Trésor de la langue normande ». 

   Vous avez entre les mains deux dictionnaires : bien sûr, un dictionnaire normand-français qui vous étonnera par son ampleur. Mais jamais jusqu’à présent ne fut tentée l’expérience de publier un dictionnaire français-normand. Cela mérite une explication…

   Le Tome I est le Dictionnaire français-normand : ce premier tome part des mots français pour rechercher les mots normands de même sens ou de sens voisin. Il s’agit presque d’un dictionnaire analogique. C’est une formule très originale imaginée par leurs auteurs pour faciliter l’entrée dans ce « Trésor de la langue normande ». À un mot français correspond souvent une dizaine de mots normands voisins classés par ordre alphabétique. Le sens de chaque mot normand est alors précisé en français car il n’existe pas obligatoirement un mot spécifique français pour le traduire !

   II. Le second tome, normand-français, est plus classique dans sa forme. Combien de mots normands ? Plus de vingt-sept mille, traduits en français et expliqués… Et, lorsque c’est utile, de nombreux exemples pour éclairer la signification et l’usage de ces mots.

Présentation par Maurice Fichet de la méthode utilisée pour la réalisation du dictionnaire normand-français :

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Voilà mon expérience de rédacteur « partiel ». Nos sources d’information sont les suivantes :

1°/ Notre base a été le travail de Marcel Dalarun commencé depuis longtemps.

2°/ Nous avons pris des références dans des dictionnaires déjà existants mais Bourdon, notre base essentielle, plus Fleury, plus Moisy ne font pas 30 000 mots à eux trois d’autant plus que nous avons retrouvé souvent les mêmes mots dans les trois dictionnaires.

3°/ Pour des centaines voire des milliers de mots trouvés dans ces dictionnaires, nous avons proposé des sens différents inconnus de ces trois auteurs.

4°/ Personnellement, j’ai relu Guéroult, Smilly, Lepeley (l’abbé, pas l’autre), Birette, Rossel, Enault, Noël, Mouchel et quelques autres, madame Mauduit et madame Letourneur ont relu d’autres auteurs, à nous trois, nous avons lu à peu près tout ce qui s’est écrit en normand et nous avons trouvé des milliers de mots qui ne sont répertoriés dans aucun dictionnaire.

5°/ Notre ouvrage est truffé de citations d’auteur, ce qui prouve que ces mots ont été utilisés.

6°/ Nous avons utilisé les mots dans des phrases qui permettent d’en comprendre les différents sens.

7°/ Nos mémoires ! Combien de mots et d’expressions (des centaines et peut-être des milliers) avons nous mises dans le dictionnaire, mots et expressions qu’on a trouvées nulle part, ni dans la littérature ni dans les dictionnaires. Exemple à propos du travail de la terre : Alphonse Poulain et Gogibu sont des spécialistes. Je pourrais aussi citer les mots et expressions de ma grand-mère et de mon arrière grand-mère (elle aurait presque 150 ans). Je n’ai pas lu le dico d’Eric Marie mais je suis persuadé qu’il n’a pas tout mis du vocabulaire du Cotentin dans son dictionnaire. Je suis né dans le Val-de-Saire et il n’est pas venu me voir pour collectionner ses mots.

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   Des citations d’auteurs de toute la Normandie parsèment les deux dictionnaires sans tomber dans une profusion qui alourdirait l’ouvrage et sans prétendre à un quelconque équilibre entre eux ni exhaustivité. L’orthographe des auteurs a été souvent conservée, elle est riche d’enseignements sur leur prononciation, même si ce n’est plus la graphie en usage actuellement. 

   À chaque lecteur de s’approprier les mots et expressions qui lui plaisent, voire de compléter par lui-même et de nous informer de ses connaissances pour une édition future, ou une mise en ligne sur le site Internet « http://www.magene.com ».

   Cet ouvrage a pour but de vous aider à parler normand avec un vocabulaire étendu et de faciliter la lecture des ouvrages de ceux et celles qui ont écrit ou qui écrivent actuellement en normand (écrivain-e-s de qualité et plus nombreux que ce que l’on croit souvent). Naturellement, si vous y trouviez une incitation à prendre la plleume et à écrire vous-mêmes en normand, prose ou vers, le but de notre effort de collecte et de rédaction sera atteint !

   La plupart des auteurs de ce Trésor de la langue normande ont le normand comme langue maternelle. Leur connaissance et leur pratique est la base de ces dictionnaires, alliées à la collecte orale. La plupart des mots sont toujours connus aujourd’hui, même si c’est par un nombre de gens qui se restreint comme peau de chagrin.

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Guy Pichon, rédacteur du dict. français-normand, a été prof d’anglais et de normand au Collège de Bricquebec, auteur de 35 chroniques en normand sous le nom de Guy du Hammé de Hâot, éditées par l’association Magène. Photo Michel Le Bas, 25 mai à Quédou / Quettehou.

   De nombreuses personnes ont été consultées que nous remercions vivement. Et les centaines de fiches manuscrites de collectage rassemblées par Marcel Dalarun et Hippolyte Gancel au cours des années constituent l’une des bases de ces dictionnaires : à elles seules, elles représentent des trésors de mots portés à votre connaissance.

   Cependant il faut aussi rendre hommage à tous les érudits qui ont noté (surtout à la fin du dix-neuvième siècle) dans de très nombreux glossaires et dictionnaires un nombre incroyable de mots et d’expressions entendus lors des siècles passés. Mais seulement une faible partie du vocabulaire contenu dans ces deux dictionnaires en a été extraite (en particulier concernant l’Est de la Normandie, faute du temps nécessaire à la vérification de leur usage aujourd’hui). Il est parfois possible de consulter ces dictionnaires du XIXe siècle sus la teile Internet, mis en ligne par des universitaires… québécois.

   Peut-on « sauver » tous les mots ? Leur redonner vie ?

   Probablement non, étant donné qu’il n’existe en France aucune politique volontariste pour le faire, que ce soit de la part de l’État français ou de l’initiative des Institutions régionales : interdiction dans les écoles et collèges des cours de langue régionale, presque rien dans les médias, très peu de financements publics, Etc. Ignorance générale de l’existence de cette langue, encore traitée de « patois » parfois par des universitaires qui devraient la défendre.

   Même à Jersey et Guernesey où les élus financent les initiatives d’enseignement du normand reconnu comme une langue à part entière, l’avenir et la pérennité de la culture première de ces îles est compromis.

   Soyons réalistes, il faut si possible dépasser l’isolement dans son petit pays pour que survive une langue d’aujourd’hui à travers cette immense région de la Normandie. L’urgence fait qu’il n’est pas interdit de notre point de vue d’utiliser un mot oublié ou inconnu dans son village et qui serait vivant ailleurs… Le risque dénoncé par certaines bonnes âmes d’en arriver à une « langue moyenne » un peu uniforme est moins grand que celui de l’oubli définitif dans la poussière des bibliothèques et des cimetières…

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Jean-Claude Léger, rédacteur du dict. français-normand. Poèmes et récits à paraître aux Editions Magène. Ph. Michel Le Bas.

   Notre préoccupation n’a pas été de situer les lieux où ces mots sont utilisés, même si cela a été quelquefois précisé. Ce travail fastidieux aurait été présomptueux : il existe un Atlas linguistique de la Normandie et différents travaux de spécialistes sur ce sujet.

   Bien sûr certains mots disparaissent car les techniques qui leur sont liées ne sont plus guère pratiquées. Nous avons tenu cependant à inclure des domaines qui font encore la réputation et la culture de la Normandie : le vocabulaire du cheval, de la pomme et du cidre, de la pêche et des coquillages ou crustacés, Etc.

   Mais la surprise vient de la précision et du nombre de mots normands correspondant parfois à un vocabulaire français très restreint. Pas seulement sur le thème des divers types de pluies qui arrosent la région ! Il suffit de feuilleter ces deux dictionnaires pour s’en rendre compte. Jusqu’à quarante-huit mots normands parfois pour un seul en français !

   Pour décrire par exemple le caractère des gens (des femmes ou des hommes !), les adjectifs ne manquent pas. Souvent péjoratifs ! Mais l’humour tempère la violence de ces mots, et aujourd’hui, c’est avec amusement que nous pouvons les lire ou les utiliser…

A g., Joel Hallet, rédacteur du dict. français-normand, auteur d'histoires en normand. Ph. Michel Le Bas.

A g., Joel Hallet, rédacteur du dict. français-normand, auteur d’histoires en normand. Ph. Michel Le Bas. (Théo lui règle son micro à Quédou le 25 mai).

Alain Bavay, rédacteur du dict. français-normand, latiniste et historien.

Alain Bavay, rédacteur du dict. français-normand, latiniste et historien.

   Car si le travail des deux équipes d’auteurs (hommes et femmes) fut considérable pendant sept années de recherches et de dialogue, il fut aussi placé sous le signe de la bonne humeur : rencontres très agréables et passionnantes autour d’un feu de bois, d’une brioche et d’eune moque de bouon beire…

Marie-Charlotte Letourneur, rédactrice du dict. normand-français. Membre de l'UPNCoutançais. Rose-Marie Mauduit a également fait un travail de bénédictin ! Et d'autres cités dans le T.L.N.

Marie-Charlotte Letourneur, rédactrice du dict. normand-français. Membre de l’UPNCoutançais. Rose-Marie Mauduit a également fait un travail de bénédictin ! Et d’autres cités dans le T.L.N.

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Le dictionnaire est en vente dans les bonnes librairies ! (39,50 €)

… ainsi qu’au local des Amis du Donjon à Bricbé / Bricquebec.

Rémi Pézeril

(sauf mention contraire, les photos dans ce blog sont celles du rédacteur du blog…)

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4 Commentaires

Classé dans Dictionnaire Trésor de la Langue normande, Faête és Normaunds

4 réponses à “11. Champagne (normand) ! Le dictionnaire français-normand et normand-français est sorti, Editions Eurocibles.

  1. Y’a du bouon! Hèque les dictionnaithes!

  2. hamelin christophe

    UNE VACHE NORMANDE (génétiquement) sans cornes EST DITE « mousse », « motte », « moussette », il n’a pas de terme technique officiel, d’autre parte, une vache irlandais, issus des importations viking se nomme « irish moiley », moiley designe les vaches sans corne en vieil anglais : moiley, mousse, motte…çà se ressemble, hasard ou pas?

  3. Ce dictionnaire est vraiment merveilleux. Il est m’est essentiel pour l’apprentissage de la loceis. C’est une très bonne initiative pour la sauvegarde du patrimoine culturel Normand Cotentin.

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